Tu le sais toi, que les nuits les plus blanches ont quelque chose de rassurant, d'euphorisant. Ce ressenti que le temps s'arrete et que tu es un surhomme, avec la sensation de réflechir plus vite, plus fort et mieux.
Comment te dire que le paradis est quelque part entre John Frusciante, Nick Drake, Nina Simone, Brad Melhdau, Elliot Smith et Beth Gibbons.
Comment te dire que tout ce que tu as pensé en une nuit est égal à la somme des réflexions d'une semaine.
Comment te décrire cette impression de mort qui se volatilise dès que le jour tappera contre tes volets fermés.

Le lit est replié, la lumière tamisée.
La voilà donc, ta vieille amie, l'oubliée. Celle qui t'as tenue la main et mis ta vie en suspend pendant des années. Décris-lui le bonheur que c'est de rester les yeux grands ouverts, assise devant un écran de télé, et de penser à tous ces gens qui te manque. Dis-lui que tu n'en veux plus de tout ca, peut etre qu'elle te lachera. Pour un temps. Faut pas trop se leurrer.

Tu le sais toi, que tu aimerais t'en aller. Parce que tout n'est qu'un eternel recommencement.
Que les obscurcis t'éclaboussent sans cesse en pleine face, que l'absence de sens de ceux-ci assome tes espoirs et tes certitudes.
Que malgré tout l'amour, toute la confiance que tu adore donner, jamais personne n'en jugera la juste valeur, et ne le rendra jamais en retour à l'identique.
Que tu reves de tout donner avant de partir, ton inconscience qui fait rire quand c'est grave, ta force intérieure que tu t'evertues à dissimuler, pour faire croire au monde entier que tu n'es qu'une fragile petite chose qu'il faut proteger. Et la tendresse. Et la patience. Et le desespoir qui fait toujours vivre plus fort et plus grand.

T'as meme pas fini de croire et tu veux deja t'en aller. T'as juste envie de leur dire que tu es fatiguée, meme s'ils ne comprennent pas tres bien le sens que ca peut vouloir signifier. Que tu es tellement fatiguée que tu ne dors plus la nuit, parce que la fatigue, où tu iras, tu n'en as pas besoin.



Y'a pas musique plus appropriée que Free Bird de Lynyrd Skynyrd quand tu veux sauter de ton balcon, au rez de chaussée.



Vendredi 26 janvier 2007
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Cela aurait pu etre une semaine comme toute les autres, sauf que non.

Lundi, ma petite Mamie est morte. Comment, de quoi, à quelle heure, je ne sais pas. Je dis "ma petite Mamie" parce que meme quand j'etais petite, j'etais plus grande qu'elle.

De quoi tu te rappelles d'elle ? Concentres-toi...


Je me rappelle que quand j'etais plus jeune et jusqu'à l'age de cinq ans, nous habitions chez elle, avec sa soeur et mon grand-pere, dans une grande maison que j'aimerai revoir aujourd'hui. Elle nous faisait des confitures à la pelle, dont la fameuse confiture de melon qui a surement contribuée à mes kilos en trop. Nous mangions souvent de la Pastachoute, plat typique italien, avec les fameuses pâtes d'au moins un metre de longueur qu'elle préparait elle-meme.

Parfois, elle nous racontait son enfance en Italie, et sa fuite avec sa soeur pour la France lors de la Seconde Guerre Mondiale. Elle s'est marié avec un francais, mais il y avait toujours à la maison les stéréotypes de la Mama à la casa très autoritaire, qui fait que forcement, mon père lui-meme s'est senti tres italien. D'où mon prénom. Quand on pense que ma mere voulait m'appeller Angélique en référence au fameux film "Angélique, marquise des anges", je peux m'estimer l'avoir echappé belle. Vraiment.

De mon enfance, je n'ai que très peu de souvenirs de mes parents. Juste d'elle, qui me faisait manger le soir, me grondait quand je piquais les framboises du jardin, m'attendait pour mon gouter, venait me chercher à l'école. D'ailleurs je ne sais pas où etaient mes parents parce qu'ils n'apparaissent nulle part dans ma memoire pour cette période là.

Apres nous avons demenagé quand mon frère est né. Je ne la voyais que tres rarement, mais à chaque fois qu'elle venait à la maison, elle m'appellait en chuchotant pour me donner un petit billet.

Je me souviens aussi d'une période où ma mere et elle s'entretuait, ce qui fait que je ne l'ai plus vu pendant tres longtemps.

Et apres, c'est juste le vide intersidéral. Elle a commencé à avoir des ennuis de santé. La cafetière marchait plus trop apparemment. Je l'ai vu une fois à l'hopital et elle ne m'avait pas reconnue. Je crois que c'est la derniere fois que je l'ai vu, il y a au moins cinq ans, un bandage sur l'arrière du crane et ses yeux, qui étaient autrefois noirs comme le café - italien, s'il vous plait - devenus d'un bleu presque océan. Elle avait ressorti aussi une photo de mon grand-pere, qui est mort quand j'avais 7 ans, et l'avait posé sur son chevet de l'hôpital.

Quand on l'a retrouvée morte, elle avait une fois de plus ressorti ce portrait, toujours sur le chevet, légérement incliné de sorte qu'on puisse le voir de l'oreiller.

Et c'est tout.


Ma petite Mamie. Je dis "ma petite Mamie" parce que meme quand j'étais petite, j'étais plus grande qu'elle. Maintenant d'où elle est, elle me bat pour le restant de ma vie.

Et c'est pas juste.


Mercredi 24 janvier 2007
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Parfois on fait des choses dont on a pas vraiment envie, mais qui nous semble necessaires.

Par exemple, je n'ai pas envie de me lever demain pour aller en cours. Cotoyer des especes de gamins à deux balles, supporter le fait de savoir que je n'aurai de toute facon pas mon diplome.
Me lever dans cet appartement tout froid, dans ce lit là, prendre ma douche, prendre mes clefs, fermer la porte, sortir de l'immeuble pour marcher jusqu'au métro.
Descendre du métro, prendre le bus, marcher. M'assoir. Ecouter. Prendre des notes. Et repartir seule le soir, là où jamais personne ne m'attend.

Le week-end passe, s'ensuit le lundi. Me lever, prendre ma douche, mes clefs, fermer la porte, sortir, marcher, métro, marcher, travailler. Et puis rentrer, là où jamais personne ne m'attend.



Moi, j'aimerai bien construire ; un couple, des souvenirs, une vie.
Autre chose ? Oui.
Oserai-je seulement le dire ? Soyons fous.


Me reveiller pres de lui le matin, et lui trouver une ressemblance frappante avec Jesus, me lever, mettre la table pour que l'on petit-dejeune ensemble, l'appeller à midi pour m'assurer que tout va bien, l'embrasser dès qu'il passe la porte en arrivant le soir, lui demander comment s'est passé sa journée, le regarder, lui sourire, faire l'amour avec, regarder un film dans son "creux".
Et puis me ballader main dans la main avec lui le week-end, et faire ma chieuse en hurlant que la Bretagne c'est pourri parce que y'a trop de vent.
Et aimer l'idée d'avoir un enfant avec, un chien, des poissons rouges, un service en porcelaine, un salon super bien décoré, des photos de nous deux, des draps en soie, une salle de bain mauve, que des conneries, mais à deux, et avec lui et personne d'autre.

J'aurai aimé être là où il est, et arreter d'hurler que "Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part". Je sais que j'aurai été heureuse comme ca.


Oui mais voila, la moralité de l'histoire, c'est qu'il faut en finir ; avec les illusions, l'amour, les reves. C'etait trop loin, trop long, trop de choses à finir que je n'ai pas envie de finir, trop de questions, trop de "on ne peut pas". Et petit à petit, la Princesse s'épuisa de sa douleur lancinante quotidienne, causée par le trop grand vide de l'impossibilité. Elle aurait aimé outrepasser les regles, prendre le premier train, courir avec sa robe toute dechirée, camper devant chez lui et attendre qu'il craque. Parce que finalement lui aussi voulait la meme chose.

Au lieu de ca, enchainée à la vie qu'elle a deja, elle se resigna. Le premier pretexte à la noix trouvé, elle quitta son beau Prince.

Parfois, la nuit, elle revera surement que celui-ci se pointe sur son cheval neuf et flamboyant, sonner à sa porte, une rose entre les dents, et lui dire : "Je ne veux plus qu'on se quitte, je t'aime, je t'emmene dans mon beau chateau Blanc."
Mais elle savait parfaitement que cette idée ne lui servirait qu'à etre moins triste, et à moins pleurer, parce que la vraie vie ne se passe jamais comme les contes de fées.




Demain matin, avec la nausée, elle se levera pour aller en cours, prendre sa douche, ses clefs, fermer la porte, sortir de l'immeuble, marcher jusqu'au métro, descendre du métro, prendre le bus, marcher. S'assoir. Ecouter. Prendre des notes. Et repartir seule le soir, là où jamais personne ne l'attend.



Mercredi 17 janvier 2007
publié dans : Sweet ( Painful ) Love ajouter un commentaire
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D'aussi loin que je me souvienne, il a été plus que rare de me voir finir quelque chose dans sa totalité, du fait d'etre bien trop pressée de changer et de ressentir rapidement de l'ennui.

Aujourd'hui, je n'ai pas envie de rentrer chez moi, à Paris. Me retrouver dans mon Bunker me semble la chose la plus deprimante à faire sur l'instant. Je n'ai pas non plus envie d'ouvrir mon frigo, et me demander à moi-meme ce que j'aimerai manger ce soir, ou quel film regarder.
Ni de ne mettre qu'une seule assiette sur la table.
Ni de ne pas avoir de main à caresser quand je m'endors.
Ni ce grand lit tout froid, rien que pour moi.

Ni rien en fait. Rien là-bas. Mais tout ici.

Est ce vraiment une folie d'avoir envie d'une autre vie, d'etre heureuse et de rendre heureux ? Est ce que tout quitter, meme au plein milieu, est suicidaire ? Puéril ? Inintelligent ?

J'ai toujours été inconstante, j'ai toujours switché pour changer, modifier, rendre autrement. Je ne sais pas vivre différemment, et j'ai bien essayé de me stabiliser, mais ca l'a été un peu, un temps, jusqu'au naturel-qui-revient-au-grand-galop, n'est ce pas.

En attendant, en attendant...

Nous partons à la gare dans une demie heure pour que je rentre à Paris. J'ai envie de lui dire "Gardes-moi avec toi...". Et puis j'ai envie de pleurer aussi, meme si c'est la honte. Les "au revoir" sur le quai sont pires qu'un simple "adieu" pour moi ; je suis certaine de pouvoir avoir le coeur qui explose si je ne me retenais pas.






Dimanche 14 janvier 2007
publié dans : Sweet ( Painful ) Love ajouter un commentaire
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"C'est dans le rapport à autrui qu'on prend conscience de soi ; c'est bien ce qui rend le rapport à autrui insupportable."


Michel Houellebecq - Plateforme




Lundi 8 janvier 2007
publié dans : Sweet ( Painful ) Love ajouter un commentaire
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